De l’autoclave au bain-marie. Uchronie divertissante (et fictionnelle)
|
|
La pasteurisation, procédé éponyme de stérilisation par la chaleur, a été l'une des principales contributions de Louis Pasteur à la science, mais le néologisme « pastorisme » peut s'appliquer également à notre XXIe siècle. |
Que pensez-vous de l'hygiénisme et du principe de précaution ?
D'un côté, les autorités américaines rejettent les fromages au lait cru, et de l'autre, en France, la néo-tradition et la mode du bio font recette. Vous remplacez une forme de bon sens, de proximité avec la nature, certes indispensable à l'humain, par des ersatz de produits et de comportements dénommés abusivement naturels, à grand renfort de réclames. Il est certain que la marmelade est meilleure quand elle est préparée dans le confiturier en cuivre de ma fille, glané dans un vide grenier ! Votre société exige du vrai et de l'authentique, mais sans les risques, et sous contrôle de laboratoires qui n'ont assez souvent d'indépendants que le qualificatif. Tout cela est granguignolesque. Je suis revenu pour assister à une mauvaise pièce.
Avez-vous constaté du changement dans l'agencement des laboratoires ?
J'observe surtout une véritable phobie des microbes, bactéries et autres virus ! Diantre, si j'avais pris autant de précautions, j'aurais probablement eu bien du mal à faire mes découvertes...
(L'interrompant) d'ailleurs, une lecture différente de votre histoire laisse apparaître nombre de plagiats...
Comme vous y allez, en effet, je sais que Toussaint et Galbier ont contribué largement à la mise au point de mon vaccin antirabique ! Je suis simplement plus habile et prompt à discourir que mes confrères. Tenez, je n'ai eu aucun mal à écrire mon allocution d'entrée à l'Académie française, sans jamais avoir terminé la rédaction de mon seul et unique livre ! Ce n'est pas directement de ma faute si vous m'avez érigé en « saint laïque », le Bon Pasteur des images d'Épinal, comme Jeanne du Lys.
Et au sujet des laboratoires ?
Ha oui ! Sans laboratoires, les savants sont des soldats sans armes, alors j'approuve l'optimisation de leur agencement et l'amélioration des techniques de nettoyage. Tout ceci dénote clairement l'intérêt croissant que vous portez à la pureté. Mais à prendre trop de précautions, n'êtes-vous pas en train de scléroser certaines voies de recherche ? Parfois, je me demande si vous ne privilégiez pas le profit au détriment de la découverte en soi ; par la tentation industrielle, le savant cesse d'être un homme de science pur. Veuillez m'excuser (Pasteur se lève et part se savonner longuement les mains, puis il lave le savon à grande eau avant de le remettre à sa place.) ce microphone ne me semble pas propre... Heureusement, je n'ai pas eu besoin de la TSF pour donner des leçons d'hygiène !
Où en étions-nous ?
On dit que vous avez souvent breveté les techniques des autres...
Mon jeune ami, je vais mettre fin à notre entretien si vous m'insultez de la sorte ! Comme je vous l'ai dit tout à l'heure, peu importe. Vous savez, c'est comme pour mon vaccin à l'oxygène. Ce programme n'était pas fiable, j'en connaissais avant la hardiesse que plusieurs personnes avaient alors dénoncée comme une imprudence, mais je crois qu'il faut entendre la parole du poète : audentes fortuna juvat . Je n'avais nul besoin d'AMM ou de BPF !
Certains historiens modernes vous reprochent votre « comportement de vaccination systématique » qui, en fragilisant notre système immunitaire, aurait favorisé l'apparition des pathologies de notre époque : sida, hépatite, ESB, etc.
Je ne peux pas leur en vouloir de douter, laissons les certitudes aux politiciens. Car, a posteriori, que penser de la stérilisation et de la pasteurisation systématique des aliments qui ne font aucune différence entre les microbes pathogènes et ceux qui ne le sont pas. Il faut, peut-être, se méfier pareillement de l'irradiation des aliments et des produits transgéniques. Vous voyez que le recul est nécessaire et souvent salutaire
Qu'est-ce qui, de notre époque, vous effraie le plus ?
Le bioterrorisme ! Sans nul doute. La possibilité que des malfrats se trouvent en possession de souches résistantes de la variole ou du charbon, par exemple, est à la fois révoltant et effrayant. Nous avons eu tant de mal à les découvrir et à les éradiquer, que je me demande comment vous en êtes arrivé à de telles extrémités menaçantes. Face aux sentiments égotiques, la philosophie humaniste, la sociologie, ou tout simplement la tolérance, ne semblent pas avoir abondamment progressé en 150 ans.
![]() |
Louis Pasteur Aucun email connu Interview recueillis par Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. |


