Bio charge avant filtration stérilisante
Au préalable, les dispositifs de filtration sont assemblés, emballés, autoclavés, introduits en zone aseptique et installés sur ligne. Afin de s'exempter des contraintes d'autoclavage et de réduire le nombre de manipulations à proximité du site de stérilisation des solutés, il a été envisagé de réaliser l'étape de pré-filtration en zone d'atmosphère contrôlée de classe C sur du matériel propre mais non stérile. Nous avons évalué l'impact microbiologique de cette modification de pratique sur la bio-charge avant filtration stérilisante.
Description du matériel : Nos dispositifs de pré-filtration sont principalement constitués d'un carter, réutilisable après nettoyage et rinçage final à l'eau PPI, et d'une cartouche filtrante neuve, modèle MILLIDISK ® d'une surface filtrante variant de 500 à 2000 cm² selon le volume de soluté à traiter.
Les cartouches sont livrées emballées mais non stériles. Le fabricant, MILLIPORE estime leur charge biologique à 20 UFC pour 7000 cm² de surface filtrante.
Etude de faisabilité : Dans le cadre de notre évaluation, nous avons cherché à déterminer le nombre de germes qu'il serait théoriquement admis qu'un dispositif de pré-filtration relargue dans le soluté. La formule de calcul suivante a été utilisée :
C = [V x Y] / n
Elle a été établie sur le principe que le nombre de germe admis (C, exprimé en Unité Formant Colonie) était fonction du volume de filtrat (V, exprimé en ml) qui récolterait les germes relargués par le dispositif de pré-filtration.
Elle a aussi pris en compte la limite en bio-charge avant la filtration stérilisante du soluté (Y). Celle-ci est généralement exprimée en UFC / 100 ml et ne peut réglementairement pas dépasser 10 UFC / 100 ml.
Enfin, si le dispositif de pré-filtration était destiné à être remplacé pendant la fabrication (cas de colmatage), le nombre (n) de pré-filtres réellement utilisés devait être intégré dans la formule de calcul, chaque dispositif apportant sa propre bio-charge.
Remarque : si le procédé mettait en œuvre 2 dispositifs de pré-filtration en série, seul le dispositif situé immédiatement avant le filtre de stérilisation serait à considérer.
Dans notre situation, la valeur (C) a été estimée à 500 UFC par dispositif de pré-filtration alors que la contribution de la cartouche filtrante ne serait que de 6 UFC (contamination théorique pour une surface filtrante de 2 000 cm²). Nous avons ainsi estimé qu'il était envisageable d'utiliser des dispositifs de pré-filtration non autoclavés et avons mis au point un protocole d'étude pour en faire la démonstration.
Méthodologie : L'étude a consisté à simuler 3 passages successifs d'un litre de soluté à travers le dispositif de pré-filtration et à dénombrer les contaminants sur la totalité du volume de chacune des 3 fractions recueillies. Le soluté a été remplacé par de l'eau PPI vrac. Celle-ci a été contrôlée avant son passage sur le dispositif.
Résultats et interprétation :

Témoin « Eau PPI » : 0 UFC / 200 ml
Les valeurs obtenues sur les 3 fractions sont équivalentes et proches de 0 UFC. On peut donc considérer que la quasi-totalité des contaminants présents dans le dispositif de pré-filtration et capables de passer à travers le media filtrant a été recueillie.
Sur les 2 UFC comptabilisées dans les 2900 ml :
- 1 UFC trouverait son origine dans l'environnement ou dans les équipements eux-mêmes (Bacillus spp)
- 1 UFC trouverait son origine dans l'eau PPI utilisée pour la préparation des équipements ou pour l'étude (S. paucimobilis).
La valeur obtenue lors de cet essai est nettement en dessous de notre limite maximale admissible (C) ; Elle est équivalente à la valeur théorique du nombre de contaminant apporté par la cartouche filtrante.
Conclusion et discussion : Dans nos conditions, une pré-filtration en conditions propres mais non stériles n'aurait pas d'impact négatif significatif sur la bio-charge avant filtration stérilisante. Les éléments qui ont permis d'arriver à ce constat sont :
- la propreté microbiologique de la cartouche filtrante utilisée, qui reste du seul ressort de son fabricant,
- l'efficacité des procédures internes de préparation des équipements, généralement corrélées à la qualité microbiologique de l'eau PPI de rinçage et à l'environnement de préparation
La méthodologie présentée a l'avantage d'être à la fois simple et instructive ; Elle peut contribuer à l'arrêt de pratiques coûteuses mais d'un intérêt limité sur la sécurité microbiologique des produits fabriqués. Il a été intéressant de discuter avec le fabricant de cartouches filtrantes et d'évaluer l'impact de nos pratiques de préparation du matériel sur la bio-charge.
|
|
Christian Mroz |



