Juin 2026
La Vague spéciale cosmétique
Enjeux de l’industrie cosmétique / Réglementaire & qualité
Sommaire
- Quand la bio-inspiration transforme la peau face aux défis climatiques.
- L'évaluation écotoxicologique des produits cosmétiques : de l’évaluation d’un produit au laboratoire à l’évaluation des effets cocktails en milieu naturel.
- Stabilité microbiologique des produits cosmétiques : de la prédiction accélérée à la maîtrise des paramètres critiques.
- Un contrôle qualité d’excellence pour une filière cosmétique française innovante et compétitive.
- Stratégies d’identification microbienne : de l’outil analytique à la décision stratégique
- Le référentiel BPF Chinois décrypté : enjeux et impact pour l’industrie cosmétique, comment s’auto-évaluer ?
- Les PFAS dans les cosmétiques : un tournant réglementaire et ses implications pour l'industrie.
- Les enjeux d'un nettoyage éco-compatible en industrie cosmétique.
- Optimizing Cleaning Processes in Personal Care: Matching Detergents to Residue Types for Maximum Efficiency.
Les PFAS dans les cosmétiques : un tournant réglementaire et ses implications pour l'industrie.
Les substances per- et polyfluoroalkylées (PFAS) sont devenues un enjeu central de la réglementation mondiale des produits chimiques en raison de leur persistance exceptionnelle et de leur présence généralisée dans l’environnement.
Dans ce contexte, les cadres réglementaires évoluent rapidement, en particulier en Europe, avec des conséquences importantes pour les secteurs qui utilisent des PFAS ou qui y sont potentiellement exposés. L’industrie cosmétique, bien que peu concernée en termes d’utilisation, est néanmoins directement touchée par ces nouvelles exigences. Cette mise en cause s’explique en particulier par l’importance symbolique des produits de consommation dans l’opinion publique et des priorités politiques. Cosmed, l’association des PMEs de la filière cosmétique française, propose une analyse complète de ce sujet.

1. Aperçu général et utilisation dans l’industrie cosmétique
Les substances per- et polyfluoroalkylées, désignées le plus souvent par leur acronyme anglais PFAS, sont devenues une des classes de composés chimiques les plus surveillées et les plus médiatisées ces dernières années. Ces substances se caractérisent selon l’OCDE (Organisation de Coopération et de Développement)[1] par la présence d’au moins un atome de carbone entièrement fluoré, généralement sous la forme d’un groupe trifluorométhyle (–CF₃) ou difluorométhylène (–CF₂–). Cette liaison carbone (C) – fluor (F), une des liaisons les plus solides de la chimie organique, explique les caractéristiques déterminantes des PFAS : leur résistance exceptionnelle à la dégradation thermique et chimique, et leur stabilité dans n’importe quelles conditions environnementales.
D’un point de vue moléculaire, les PFAS englobent un groupe assez hétérogène, dont le nombre est estimé à plusieurs milliers de composés différents, jusqu’à 10 000 selon l’ECHA (European Chemical Agency). Leurs propriétés physico-chimiques varient en fonction de la longueur de la chaîne, des groupes fonctionnels ajoutés et du degré de fluoration.
Depuis la découverte du premier PFAS en 1938 aux Etats Unis, ils sont utilisés pour leurs propriétés hydrofuges, antiadhésives, imperméabilisantes et résistantes aux fortes chaleurs.
En cosmétique, selon la KEMI (Kemikalieinspektionen)[2], l’Agence suédoise des produits chimiques, les trois principales fonctions recherchées étaient leurs caractéristiques émulsifiantes, antistatiques ou filmogènes. Base de données des ingrédients cosmétiques, le Cosing[3] contient plus de 70 substances perfluorées. Parmi les molécules les plus couramment utilisées figurent le PTFE (Polytetrafluoroéthylène), le triéthoxysilane de perfluorooctyle et le phosphate d’alcool fluoré en C9-C15.
Cependant, l’utilisation des PFAS dans les cosmétiques a toujours été relativement limitée par rapport à d’autres secteurs tels que le textile ou l’emballage alimentaire.
Selon une étude récente de l’OCDE [4], réalisée en 2024 sur la base de données de marché de 2023, seuls 1,1 % à 1,4 % des produits cosmétiques contenaient encore des PFAS ajoutés intentionnellement. Au sein de cette faible proportion, les produits de maquillage représentaient la majorité, en particulier avec des propriétés longue durée ou de résistance à l’eau.
Ce taux d’utilisation relativement faible reflète la substitution progressive des PFAS au cours des dernières années au sein de l’industrie cosmétique, en réponse à la demande des consommateurs mais également aux premiers signaux réglementaires.
2. Problématiques toxicologiques et environnementales
Les propriétés exceptionnelles des PFAS en font des matériaux très convoités par l’industrie de manière générale, mais ce sont précisément ces propriétés qui occasionnent leurs problématiques toxicologiques et environnementales.
Les PFAS résistent à la dégradation pendant des décennies, le plus souvent davantage, ou bien se dégradent en molécules elles-mêmes extrêmement persistantes. Ainsi, une fois rejetés dans l’environnement, très mobiles, ils peuvent être transportés sur de longues distances par l’eau et l’air, contaminant finalement des écosystèmes éloignés. En s’accumulant dans l’eau, le sol, les organismes vivants, on les retrouve in fine dans le corps humain.
Cette persistance a conduit à leur classification en tant que polluants organiques persistants (POP) pour certains composés et à leur désignation plus large de “produits chimiques éternels”.
La compréhension toxicologique des PFAS reste inégale au sein de la famille de substances. Les PFAS à longue chaîne tels que le PFOS et le PFOA ont fait l’objet d’études approfondies et sont associés à toute une série d’effets indésirables, notamment l’hépatotoxicité, l’immunotoxicité, la toxicité pour le développement, les perturbations endocriniennes et un potentiel cancérigène.
Pour la majorité des PFAS, les données toxicologiques restent rares. Cependant, les recherches récentes tendent à montrer que les effets des PFOS et PFOA se retrouvent également dans d’autres PFAS.
De plus en plus, les autorités réglementaires adoptent une approche d’évaluation des risques par groupe de substances, appliquant ainsi le principe de précaution. Cette approche est fondée sur les deux principes suivants :
- La persistance constitue en elle-même un motif suffisant de préoccupation, indépendamment des profils de toxicité individuels.
- L’exposition de l’environnement et des êtres humains implique généralement des mélanges de PFAS plutôt que des substances isolées. Les effets additifs ou synergiques sont difficiles à prédire, et les méthodologies actuelles d’évaluation des risques ne sont pas entièrement adaptées pour traiter cet “effet de mélange”.
3. Mise en place d’un cadre européen
En conséquence, au niveau européen, la réglementation des PFAS évolue vers une stratégie globale, via le projet de mise en œuvre d’une restriction universelle. Celle-ci vise à réglementer les PFAS en tant que groupe unique et s’appliquerait à de très nombreux secteurs, dont celui des cosmétiques.
A l’heure actuelle, le règlement européen sur les cosmétiques (1223/2009[5]) interdit déjà plusieurs PFAS classés dangereux comme les PFOS et le PFOA.
Parallèlement, le règlement REACH a introduit des restrictions sur certaines classes spécifiques de PFAS, comme les C9-C14 perfluorocarboxylic acids (C9-C14 PFCAs), depuis février 2023.
Une restriction supplémentaire sur le PFHxA et les substances apparentées introduite par le règlement (UE) 2024/2462[6] sera applicable à partir du 10 octobre 2026. Elle concerne entre autres les produits cosmétiques, interdisant ceux contenant plus de 25 ppb de PFHxA et de ses sels, ou plus de 1 000 ppb de ses substances apparentées.
Bien que le PFHxA ne soit pas utilisé comme ingrédient cosmétique, les seuils de restriction sont très bas et peuvent donc concerner sa présence possible en tant qu’impureté ou produit de dégradation.
Toutefois, l’évolution prévue dont les conséquences seront les plus impactantes pour l’industrie est la proposition de restriction universelle des PFAS dans le cadre de REACH. La définition d’un PFAS dans ce projet est très proche de celle de l’OCDE, mais tient compte des exceptions les plus biodégradables :
Toute substance qui contient au moins un atome de carbone de methyl (CF3-) ou de méthylène (CF2), sans qu’aucun H, Br, Cl n’y soit attaché.
Une substance qui ne contient que les éléments structurels suivants est exclue du champ d’application de la restriction : CF3-X ou X-CF2-X’ où X = -OR ou -NRR’ et X’ = méthyl (-CH3), méthylène (-CH2-), un groupe aromatique, un groupe carbonyle (-C(O)-), -OR”,-SR” ou -NR”R”’ ; et où R/R’/R”/R”’ est un groupe hydrogène (-H), méthyl (-CH3), méthylène (-CH2-), un groupe aromatique ou un groupe carbonyle (-C(O)-).
Les seuils proposés qui s’appliqueraient aux produits cosmétiques sont les suivants :
- 25 ppb pour tout PFAS mesuré par analyse ciblée des PFAS (les PFAS polymères étant exclus de la quantification),
- 250 ppb pour la somme des PFAS mesurée par analyse ciblée des PFAS, avec dégradation préalable des précurseurs, si nécessaire,
- 50 ppm pour les PFAS totaux (y compris les PFAS polymères). Si la teneur totale en fluor dépasse 50 mg F/kg, le fabricant, l’importateur ou l’utilisateur en aval doit, sur demande, fournir aux autorités chargées de l’application de la réglementation une preuve de la teneur en fluor mesurée, qu’il s’agisse de PFAS ou de substances non PFAS.
A la fin du processus d’adoption, la restriction universelle s’appliquerait de manière générale aux substances, aux mélanges et aux articles, y compris les matériaux d’emballage. Aucune dérogation n’est prévue pour les produits cosmétiques, l’impact ayant déjà été évalué comme faible et la substitution des substances considérée comme techniquement et économiquement faisable. Néanmoins, l’absence de distinction entre la présence intentionnelle et non intentionnelle de PFAS est particulièrement problématique, car elle ne tient pas compte des limites techniques liées à la contamination par des traces. Le contrôle des traces dans les produits et matériaux, pouvant provenir de sources très diverses, est un défi particulièrement ardu pour l’industrie de manière générale et particulièrement pour les petites et moyennes entreprises cosmétiques.
Le processus réglementaire en est à un stade avancé. L’évaluation de la proposition de restriction est en cours par le comité d’évaluation des risques (RAC) et le comité d’analyse socio-économique (SEAC) de l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA). Ces comités évaluent le fondement scientifique de la restriction, et ses implications socio-économiques, par exemple les coûts pour l’industrie et les impacts potentiels sur l’innovation.
L’avis du RAC a été publié le 26 mars 2026[7]. Le même jour, le SEAC rendait son projet d’avis pour lequel une consultation de 60 jours a débuté, la date limite pour l’envoi des commentaires étant fixée au 25 mai 2026. Les informations qui seront récoltées lors de cette période de consultation permettront de confirmer ou de modifier les conclusions présentées dans le projet d’avis sur les impacts socio-économiques liés à la proposition de restriction. L’opinion finale est attendue pour fin 2026.
Le calendrier final de mise en œuvre reste soumis à des discussions en cours, mais la réglementation pourrait être finalisée d’ici 2027, suivie d’une période de transition de 18 mois.
Au-delà de ce projet de restriction, l’Union Européenne élabore également un cadre stratégique plus large pour les PFAS. Celui-ci comprend des initiatives visant à améliorer la surveillance, à soutenir l’innovation et à lutter contre la contamination environnementale.
4. En France, une accélération du calendrier
Depuis l’année 2022 et la découverte de l’ampleur de la contamination aux PFAS dans l’environnement, la volonté des autorités françaises a été d’accélérer l’application d’une restriction totale.
La France a donc adopté un cadre réglementaire ambitieux sur les PFAS se positionnant comme un précurseur en Europe. La loi n° 2025-188[8], complétée par ses décrets d’application, instaure une interdiction globale qui vise l’utilisation intentionnelle des PFAS et la maîtrise de la contamination par des traces, dans la plupart des secteurs industriels.
Ainsi, depuis le 1er janvier 2026, la fabrication, l’importation, l’exportation et la commercialisation de produits cosmétiques contenant des PFAS au-delà des limites définies sont interdites en France. Les seuils, particulièrement stricts, ont été directement alignés sur la proposition de restriction universelle dans le cadre du règlement REACH.
Suite aux préoccupations des industriels face aux délais trop courts pour s’adapter, il a été introduit une période de transition de 12 mois, mais qui n’offre qu’une flexibilité limitée. Les lots fabriqués avant le 1er janvier 2026 peuvent encore être mis sur le marché jusqu’au 31 décembre 2026, même s’ils ne sont pas conformes aux nouvelles dispositions.
Il n’y a par ailleurs aucune obligation de retrait : les lots déjà mis sur le marché avant l’entrée en vigueur des nouvelles exigences peuvent rester sur le marché sans qu’aucun rappel ou retrait ne soit imposé.
Malgré cela, les implications pour les fabricants sont considérables et les changements doivent être mis en place rapidement : évaluer son portefeuille matières, emballages, produits finis, questionner ses process pour ensuite le cas échéant cesser la production de produits non conformes, engager des reformulations, remplacer certains emballages, ajuster la fabrication…
Une autre caractéristique distinctive du cadre français réside également dans l’intégration d’objectifs environnementaux. L’obligation de réduire les émissions de PFAS dans les eaux usées industrielles de 70 % d’ici 2028, puis de les éliminer complètement d’ici 2030, introduit une dimension supplémentaire qui va au-delà de la formulation des produits cosmétiques.
La réalisation de ces objectifs nécessite le déploiement de technologies de traitement avancées, telles que l’adsorption sur charbon actif, l’osmose inverse et les traitements par membranes. Bien que prometteuses, ces solutions nécessitent encore une optimisation pour pouvoir être déployées à grande échelle et impliqueront des coûts non négligeables.
Cette mesure est complétée par l’introduction d’une taxe sur les émissions de PFAS, renforçant le principe du “pollueur-payeur” et incitant à investir dans des technologies plus propres.
En adoptant cette approche, la France s’impose comme un véritable pionnier dans la transition vers une industrie cosmétique sans PFAS, donnant ainsi l’exemple au reste de l’Europe.
5. La présence non intentionnelle, une difficulté majeure
La question de la présence non intentionnelle et les seuils très restrictifs sont donc devenus des préoccupations centrales. Les traces de PFAS peuvent provenir de multiples sources, notamment :
- Matières premières contenant des traces de PFAS. Par exemple, le TFA est utilisé dans le procédé de fabrication de certains peptides. Ainsi la teneur résiduelle de TFA peut entraîner une trace (estimée) entre 1 et 5ppm dans les produits finis. Les process sont en train d’être modifiés, mais cela nécessite du temps d’adaptation. Dans certains extraits végétaux, la présence de traces peut venir des sols et nappes phréatiques contaminés en PFAS.
- Eau contenant une contamination de fond en PFAS,
- Équipements et procédés de fabrication,
- Produits d’entretien des machines de production comme les lubrifiants et nettoyants,
- Transfert à partir des matériaux d’emballage.
Cette multiplicité de sources rend extrêmement difficile le contrôle des traces de PFAS, en particulier lorsque les limites réglementaires sont fixées au niveau du ppb.
Pour l’industrie, la question des PFAS nécessite donc une approche qui englobe l’ensemble du cycle de vie du produit : l’approvisionnement en matières premières, l’eau, les processus de fabrication, l’emballage… La gestion des risques de contamination est donc en grande partie déplacée vers l’amont. La communication avec les fournisseurs et l’engagement de ceux-ci sont donc primordiaux afin de garantir une transparence tout au long de la chaîne d’approvisionnement. La collaboration est clef pour permettre aux metteurs sur le marché d’évaluer leur portefeuille, de comprendre l’impact éventuel sur leur matières et emballages, les solutions de substitution et le timing de mise en œuvre. En interne, concernant l’évaluation des process, l’analyse de l’eau entrante et sortante en production constitue un indicateur pertinent pour détecter une présence résiduelle via les procédés de fabrication.
6. Défis analytiques
A l’heure actuelle, la détection et la quantification des PFAS constituent un obstacle technique majeur. Les sources de PFAS sont difficiles à contrôler et encore plus difficiles à quantifier, en l’absence de méthodes d’analyse standardisées, au vu de l’ampleur et la diversité de la famille des PFAS et devant la complexité des matrices cosmétiques.
Les méthodes analytiques ciblées, généralement basées sur la chromatographie liquide couplée à la spectrométrie de masse permettent de quantifier un nombre limité de PFAS connus. Ces méthodes ne permettent pas de saisir toute la diversité des PFAS présents dans un échantillon.
Les approches non ciblées, notamment les mesures du fluor organique total (TOF), fournissent une évaluation globale de la teneur en fluor mais manquent de spécificité, car elles ne font pas la distinction entre les PFAS et les autres substances fluorées.
A noter que la réglementation n’impose pas de doser les PFAS dans ses produits, mais pour compléter l’évaluation d’impact il peut être nécessaire d’y avoir recours. Pour l’industrie et pour les PMEs en particulier, le coût de telles analyses est considérable. De plus, l’absence de méthodes normalisées complique l’équation, crée une incertitude et pourrait conduire lors de futurs contrôles à des litiges réglementaires. La variabilité interlaboratoire, les différences dans les protocoles d’extraction et les effets de matrice peuvent entraîner des écarts significatifs dans les concentrations mesurées.
Au Congrès Règlementaire Cosmed des 1er et 2 avril dernier, lors de la table ronde dédiée au sujet des PFAS, certaines stratégies en matière analytique ont été évoquées.
Pour un fabricant de cosmétiques, il n’est pas pertinent de doser la totalité de ses produits. Grâce à une collaboration approfondie avec ses fournisseurs de matières et d’emballages, le risque plus ou moins grand de la présence de PFAS dans le portefeuille doit d’abord être évalué. Si ce risque semble être important et que des données concrètes sont manquantes, il peut alors être approprié de se lancer dans des analyses.
La première étape, s’il n’y a pas d’introduction spécifique de fluor dans les produits, est le dosage du fluor total pour donner un indice sur la présence ou non de PFAS. Dans un deuxième temps, le dosage du fluor organique, fluor lié à un atome de carbone peut être effectué. On part alors de l’hypothèse que cette quantité représenta la quantité totale de PFAS. Enfin, la dernière étape si nécessaire est le screening avec une liste précise de PFAS.
Dans tous les cas, tous les acteurs autour de la table s’accordaient sur le fait qu’il n’était pas possible de garantir une absence de PFAS.
Dans ce contexte, il existe un besoin évident d’harmonisation à l’échelle du secteur, notamment en matière de méthodes validées.
L’AFNOR a lancé en fin d’année dernière, une plateforme multi-sectorielle sur les PFAS, à laquelle Cosmed participe. Le but de cette initiative est de structurer et promouvoir une stratégie nationale de normalisation sur les PFAS et de créer un espace de dialogue en coordonnant les initiatives des différents secteurs.
Conclusion
La réglementation des PFAS dans les cosmétiques marque un tournant décisif, reflétant aussi une évolution plus large en matière de politique chimique. La volonté principale des autorités, qu’elles soient françaises ou européennes, sur cette problématique est l’implication totale de chaque secteur de la chaîne de fabrication industrielle dans la réduction drastique de l’exposition aux PFAS de la population. En effet, pour respecter de tels seuils, il faut que tous les maillons de la chaîne de production soient impliqués.
Alors que l’industrie cosmétique a déjà réalisé des progrès significatifs dans la substitution des PFAS, le nouveau cadre réglementaire impose des contraintes supplémentaires. Le choix de cibler les cosmétiques comme secteur prioritaire a été remis en question, soulevant des questions de proportionnalité règlementaire, compte tenu de leur contribution relativement faible aux émissions globales de PFAS.
De plus, face à l’ensemble des enjeux techniques liés à l’élimination de la contamination par des traces résiduelles, certains experts estiment que les seuils pourraient s’avérer difficiles, voire impossibles, à atteindre dans la pratique, du moins à court terme. Les autorités justifient ces mesures par une volonté politique assumée de transformer le secteur, imposant des objectifs ambitieux pour contraindre l’industrie à accélérer sa transition.
Pour l’industrie cosmétique, cela représente un défi majeur, tout particulièrement pour les metteurs sur le marché situés en aval de la chaîne de distribution, dont la capacité d’action est par nature limitée. La clef pour eux dans le cadre de futurs contrôles des autorités sera de démontrer qu’ils n’ont pas fait preuve d’inertie, mais qu’ils ont activement engagé des démarches de conformité auprès notamment de leurs fournisseurs et déployé un plan d’action structuré.
Si l’avance du cadre réglementaire français crée actuellement une distorsion de concurrence au sein du marché européen, elle pourrait offrir à l’industrie nationale un avantage compétitif stratégique dès l’entrée en vigueur de la restriction REACH. Cependant, pour les acteurs de l’industrie cosmétique, les implications financières de la réglementation sur les PFAS sont multiples et englobent potentiellement la reformulation, des adaptations d’emballages, certains tests analytiques, des ajustements en production et dans la chaîne d’approvisionnement. Ces coûts pourraient affecter de manière disproportionnée les petites entreprises qui devront, encore plus que les autres, démontrer leur capacité à s’adapter.
Références
- [1] https://www.oecd.org/en/topics/sub-issues/risk-management-risk-reduction-and-sustainable-chemistry/per-and-poly-fluorinated-chemicals.html
- [2] https://www.kemi.se/download/18.59a654e17be6ec4276756/1638973419683/PM-9-21-PFASs%20in%20cosmetics.pdf
- [3] https://ec.europa.eu/growth/tools-databases/cosing/
- [4] https://www.oecd.org/content/dam/oecd/en/publications/reports/2024/02/per-and-polyfluoroalkyl-substances-and-alternatives-in-cosmetics-report-on-commercial-availability-and-current-uses_dcdcacbc/baa236f5-en.pdf
- [5] https://eur-lex.europa.eu/legal-content/EN/TXT/?uri=CELEX%3A02009R1223-20250901
- [6] https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/?uri=OJ:L_202402462
- [7] https://echa.europa.eu/restrictions-under-consideration/-/substance-rev/72301/term
- [8] https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000051260902/2026-01-07
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Marie MAGNAN




